Laura Acquaviva: « Je veux passer ma vie à chercher des solutions artistiques à des problèmes » | Prisme à Idées

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Laura Acquaviva: « Je veux passer ma vie à chercher des solutions artistiques à des problèmes »

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Je retrouve Laura au marché d’Edgar Quinet près de la Tour Montparnasse. Nous nous asseyons à la terrasse d’un café, non loin de la rue de la Gaïté et de ses nombreux théâtres. Elle commence alors à me raconter son parcours, empreint de graphisme mais aussi d’un peu de science.


Après une école préparatoire aux ateliers de Sèvres, elle rentre à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD), grande école d’art à Paris. Durant ses études elle a l’opportunité de partir aux Beaux Arts à Barcelone mais surtout à New York. Elle entame là-bas un projet de carnet de voyage, qui l’a particulièrement marquée pour la suite de sa carrière. « Ce travail a été le départ de toute ma pensée créative. J’ai dessiné des portraits de gens à New York pendant deux ans. » Plutôt réfractaire au départ à l’idée de s’exiler à l’étranger, ce voyage lui a ouvert l’esprit. « Cela m’a permis de rencontrer des personnes avec lesquelles je n’aurai jamais osé communiquer. Ce travail est un peu comme un recueil d’un parcours hasardeux dans un endroit inconnu, ponctué par des rencontres qui m’ont mieux fait connaître cette ville, mais aussi ma perception du voyage » me confie-t-elle.

De retour à Paris Laura expose dans une galerie ses portraits mais pas seulement. « J’ai aussi préparé une exposition avec pour simple thème la vie de tous les jours. J’adore les dessins qui représentent des petites scènes de la vie quotidienne. » Elle réalise par la suite des couvertures, notamment du journal intime de Peter Doherty, Les Carnets d’Albion, ou encore l’Anatomie d’un Procès Truqué de Vincent Lecoq. Actuellement graphiste-illustratrice freelance, elle cherche du travail dans le graphisme, l’illustration et la communication. Cela ne l’empêche pas d’effectuer des missions de graphisme régulières pour de nombreux clients. Quant à son futur lieu de travail, elle désire aller exercer son talent en Australie.

Sa passion s’est révélée dès son enfance : «J’ai grandi dans un environnement porté sur l’art. Ma mère a toujours dessiné et m’a inscrite très tôt dans des ateliers de dessin. » Laura a été influencée par sa famille, ses professeurs mais aussi par les artistes en général, qu’ils soient cinéastes, poètes ou encore dessinateurs. Fonctionnant à l’instinct, elle conseillerait à quelqu’un voulant prendre le même chemin qu’elle de « foncer et de ne pas se poser trop de questions ».

Elle allume ensuite une cigarette et commence à m’évoquer ses modèles. « Mon peintre favori est sans aucun doute Basquiat. Il a débuté par dessiner des graffitis sur les murs de New York. C’est quelqu’un qui peignait partout, de manière très instinctive, que ce soit sur les murs de son appartement ou ailleurs. C’était pour lui plus un besoin de peindre qu’une véritable réflexion artistique. » Elle apprécie ainsi ceux qui utilisent l’art de manière thérapeutique ou encore comme besoin de s’exprimer.

La vision du marché tout proche lui remémore alors sa principale source d’inspiration : « J’aime beaucoup les petites scènes de la vie quotidienne. J’ai passé beaucoup de temps à dessiner sur le marché. Il a un début, un pendant et un après, comme une petite planète qui se met en mouvement. » D’autres avant elle ont empreint leur œuvre de ce lieu : « Agnès Varda a observé beaucoup de scènes du quotidien ici. Elle se laissait porter par les rencontres, observait tout cela à travers sa caméra et s’intéressait profondément aux gens. Cela lui a permis d’analyser sa propre vie et son propre état d’esprit. »

Laura a aussi illustré des articles scientifiques pour le Prisme à Idées. Elle a réalisé de nombreux dessins pour les numéros 2 et 3, respectivement sur l’Ecologie Urbaine et les Réseaux. Ce côté interdisciplinaire lui a beaucoup plu : « J’ai toujours été assez éloignée de la science. Réaliser ces dessins a donc été particulièrement enrichissant. J’ai été obligée de m’intéresser au contenu des articles, tout en gardant une marge de liberté pour mes créations. » Elle se démarque ainsi de l’illustrateur précis et rigoureux qui doit inventer un bon schéma explicatif : « Le côté abstrait de la science m’aide au contraire à créer. »

Dans quelle personne incarnerait-elle ce carrefour art-science ? « Léonard de Vinci est vraiment l’artiste, le personnage de l’Histoire que je trouve le plus interdisciplinaire. A l’époque on manquait de connaissances dans beaucoup de domaines, ce qui a amené ce besoin d’interdisciplinarité. Il avancé dans l’art grâce à la science et inversement.  Plus récemment Théo Jansen, sculpteur néerlandais est aussi à cette interface. Il se base sur l’art du mouvement, par des illusions d’optiques ou encore des œuvres mobiles. »

Selon Laura la science et l’art sont parfois très proches : « Quand je vois une équation mathématique, pour moi c’est en soi comme un tableau, une œuvre d’art ». Elle pense aussi que tous les domaines ont des points communs. « Art et science se ressemblent dans la manière de travailler, de réfléchir qui est très similaire.» Et quand je lui demande comment elle envisage le futur, elle me répond avec malice : « Je veux passer ma vie à chercher des solutions artistiques à des problèmes. »

Une fois l’entrevue terminée, nous nous dirigeons ensemble vers le marché d’Edgar Quinet. Nous prenons là quelques photos de petites scènes quotidiennes. Je comprends  mieux la richesse du lieu en tant qu’inspiration artistique.

A premier abord Laura apparaît comme une graphiste et dessinatrice douée. Son côté polyvalent la rend plus singulière. Ses influences sont nombreuses et elle n’hésite pas à risquer le croisement avec des domaines très différents. Ses illustrations apportent un regard différent sur la science, évoquant le contenu mais tout en gardant une part de mystère, ce qui la distingue des illustrateurs scientifiques classiques.

Nos innovateurs ont chacun un endroit qu’ils affectionnent particulièrement, en lien avec leur histoire personnelle et professionnelle. Laura nous présente ici son lieu favori et nous explique les raisons de son choix:

Classé dans Portraits

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2 commentaires

  1. FORMACOLOR le 06 juillet 2012 à 12 h 28 min

    bonjour
    désireux à terme d’aller peindre à New york, il me serait agréable et utile de bénéficier de l’expérience de celles et ceux qui l’ont fait avant moi…
    merci
    Nota bene: en cas de proposition d’hébergement suis prêt à offrir 1 toile /5 réalisées sur place
    formacolor
    [GOOGLE: « manifeste formacolor]

  2. Laura le 17 juillet 2012 à 11 h 01 min

    Bonjour,

    Je ne peux que vous encourager à découvrir cette ville, d’autant plus pour un projet artistique.
    Je n’habite pas là-bas mais trouver un logement est très facile si vous vous y prenez un peu à l’avance et si vous n’exigez pas à tout prix rester dans Manhattan. Brooklyn et Harlem sont les quartiers, selon moi, les plus intéressants à peindre.
    Regardez du côté de Brooklyn pour les logements. Beaucoup d’artistes y ont leur atelier et peuvent proposer des collaborations artistiques ou des logements pas chers à partager.
    En espérant vous avoir un peu éclairé, bon voyage

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