Jeremy Alonso : « Les rencontres et la ténacité forgent l’orientation d’un individu » | Prisme à Idées

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Jeremy Alonso : « Les rencontres et la ténacité forgent l’orientation d’un individu »

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C’est par une belle après-midi d’été-rare ces temps-ci à Paris !- que j’arpente le Vème arrondissement de Paris. Je vais à la rencontre de Jeremy Alonso, chargé de mission chez Suez-Environnement (bureau d’études Safege). Nous nous retrouvons à la Grande Mosquée de Paris, où je l’interroge sur son parcours.

Chez Safege, Jeremy travaille à la direction de la recherche, de l’innovation et du développement durable. « Ma mission est très transversale, je travaille principalement sur la stratégie et le marketing de l’innovation pour ma filiale et pour le groupe mais aussi plus spécifiquement sur des questions liées à la nature et à la biodiversité. » Jeremy contribue aux orientations stratégiques de l’entreprise : il encadre, planifie et valorise des travaux de recherche et d’innovation mais participe aussi à la production. « Safege n’est pas un exploitant mais réalise des études auxquelles je participe. » Il est ainsi amené à travailler sur de nombreux sujets tels que les milieux aquatiques, l’aménagement urbain et des territoires, les transports, le changement climatique, la valorisation des déchets, les réseaux d’eau potable et d’assainissement… « Pour ces derniers l’entreprise réalise historiquement des schémas directeurs, qui désormais intègrent de plus en plus les problématiques du changement climatique et des pollutions. Nous réfléchissons à leur adaptation pour des temps de pluie ou de crue… Nous concevons aussi en amont les réseaux d’eau potable pour qu’ils soient durables et optimaux. Tu peux voir que je travaille sur des questions très variées ! » me raconte-t-il.

Jeremy a commencé son cursus par la licence de biologie de l’Université de Nîmes. « J’avais alors le privilège d’étudier dans une petite structure. Je côtoyais beaucoup mes professeurs et cela a été déterminant pour la suite de mes études. » Ce sont eux qui le motivent à s’inscrire en 3è année de licence à l’Université Paris-Sud 11. Jeremy réussit ensuite à intégrer l’Ecole Normale Supérieure (ENS) d’Ulm en biologie. Son intérêt pour l’environnement et la nature l’a naturellement orienté vers le Master 2 Ecologie, Biodiversité, Evolution (cohabilité par l’ENS, Paris 6, Paris 11, AgroParisTech, et le MNHN). Après un deuxième Master 2 en histoire et philosophie des sciences, Jeremy ne s’arrête pas là et continue par le Master of Business Administration (MBA) du Collège des Ingénieurs. « Cette formation s’adresse à des ingénieurs qui veulent sortir du monde de la production scientifique, afin de passer à des échelles de management et de business. »

D’une formation plutôt scientifique à la base, Jeremy a ainsi peu à peu dérivé vers une vision plus stratégique et politique de l’écologie. « J’ai toujours été un scientifique dans l’âme » me confie-t-il. Mais comme l’un de mes précédents interviewés [Jean-Marc Galan, NDLR], il se rend compte que science et recherche sont deux choses différentes. « J’ai effectué plusieurs stages de recherche, notamment un au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris (MNHN). J’y ai étudié l’impact de facteurs environnementaux et populationnels sur le développement d’une cyanobactérie potentiellement toxique. » Ces stages lui ont ouvert les yeux sur le fait qu’il était davantage un amoureux des sciences qu’un chercheur. 

Quant au marketing et à la communication du groupe, Jeremy y joue aussi un rôle. « Je participe à des groupes de travail, à des études stratégiques et marketing des innovations et des positionnements de l’entreprise. Je réfléchis par exemple à la façon dont nous structurons et voulons porter le message pour les clients. Je joue également un rôle dans la réalisation de maquettes, de supports de communication… » Jeremy aime travailler de façon transversale, non seulement à l’interface des disciplines et des applications mais également des publics. « J’ai collaboré à l’article chapeau du numéro 4 du Prisme sur « Les Risques ». Je me suis intéressé au risque scientifique en société. Science et société n’ont pas les mêmes définitions et appréhensions du risque » me raconte Jeremy.

Quelles personnes l’ont le plus influencé à aller dans cette voie ? « J’ai toujours eu une curiosité pour la biologie et la nature. Les rencontres que j’ai pu faire au cours de mon cursus, surtout avec mes professeurs, ont agi comme un déclencheur dans mon orientation professionnelle. Hélène Terzian, directrice de formation de la licence de biologie à Nîmes, m’a beaucoup motivé et influencé. Sans elle je ne serai probablement pas allé poursuivre mes études à Paris. » Pour Jeremy, le talent et le travail ne suffisent pas à la réussite d’un individu. « Il faut aussi de la chance et être tenace. L’un de mes professeurs m’avait conseillé de m’orienter plutôt vers les domaines « porteurs » de la biologie comme les biotechnologies et la biologie moléculaire. Malgré cela, je me suis tout de même engagé dans la voie de l’environnement. Je ne voulais pas avoir de regrets. Si je n’y avais pas cru je ne serais pas là actuellement. Je pense que les rencontres et la ténacité forgent l’orientation d’un individu. Il ne faut surtout pas hésiter à rencontrer, questionner les gens pour se faire une idée de son futur métier, c’est ce que j’ai toujours fait.»

Quant à ses modèles, il m’évoque Bernard Chevassus-au-Louis : « Biologiste, normalien agrégé, il a cependant choisi le pragmatisme des Corps de l’Etat dans le domaine agricole. Il a eu de nombreuses responsabilités et a notamment été président du Muséum National d’Histoire Naturelle. Il a travaillé sur les aspects économiques et sociétaux liés à la biodiversité… Pour moi il incarne vraiment l’interdisciplinarité et l’ouverture d’esprit du scientifique. »

L’entrevue touchant à sa fin, nous repartons vers le Jardin des Plantes. A l’interface de l’environnement, de la politique, de la stratégie et du marketing, Jeremy Alonso n’est ni ingénieur, ni chercheur . C’est un amoureux inconditionnel des sciences qui façonnent son monde et sa façon de le percevoir. Son profil n’est pas commun mais précieux dans un monde où les questions liées à l’économie et à l’environnement deviennent de plus en plus importantes.

 

Nos innovateurs ont chacun un endroit qu’ils affectionnent particulièrement, en lien avec leur histoire personnelle et professionnelle. Jérémy nous présente ici son lieu favori et nous explique les raisons de son choix:

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  1. Les innovateurs du Prisme : ce qu’ils nous apprennent sur l’orientation et l’interdisciplinarité | Prisme à Idées le 17 février 2014 à 0 h 44 min

    […] lui, d’autres profils que j’ai rencontrés ont connu une « rupture » avec la recherche. Jérémy Alonso, ingénieur chez Safege, s’est lui rendu compte qu’il était davantage « un amoureux des […]

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