Jean-Marc Galan: «Science et recherche sont deux choses complètement différentes » | Prisme à Idées

L'interdisciplinarité dans la recherche et l'innovation : médias, réseaux, événements".

Jean-Marc Galan: «Science et recherche sont deux choses complètement différentes »

1 commentaire

Radio, conférences originales, groupes de réflexion…, sont autant de voies par lesquelles Jean-Marc Galan exerce ses talents de médiateur scientifique. C’est après avoir assisté à son émission radio « Recherche en Cours » que je lui pose quelques questions dans les studios d’Aligre FM, radio associative du XIème arrondissement.

Le parcours  de Jean-Marc Galan est pour le moins original. Il débute sa carrière en tant que Chargé de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).  Il y travaille alors sur des thématiques touchant à la biologie cellulaire. Très vite il s’intéresse à la médiation scientifique. Son activité, il la réalise d’abord à côté de son métier de chercheur. Son intérêt grandit ensuite jusqu’à éclipser sa vocation première. « La Recherche est un monde un peu frustrant, on est focalisé sur un sujet minuscule  et il est difficile de se tenir au courant de l’actualité scientifique en général. La médiation scientifique nécessite un « zoom arrière » sur les sciences qui me convient mieux» me confie-t-il.

Il tombe ensuite sur le livre de Bruno Latour, « Regard sur le métier de chercheur ». « Cette lecture m’a littéralement foudroyé, il explique en effet que science et recherche sont deux choses complètement différentes ». Jean-Marc s’était déjà peu à peu éloigné  de la vision utopique qu’il avait de la recherche : «Etre chercheur se rapproche souvent d’une activité d’entrepreneur. Il y a des questions d’argent, de notoriété, de ressources humaines à gérer. Je me suis rendu compte au fil du temps que je m’intéressais plus à la science qu’à la recherche.»

Il commence alors diverses activités de médiation, dont l’animation de Recherche en Cours. Durant l’émission du jour, Jean-Marc se transforme en un animateur radio qui interviewe avec aisance un anthropologue fou de robotique. Je découvre avec stupeur que ce dernier s’est enfermé deux mois seul avec un robot, dans l’unique but de comprendre leur comportement !

Nous nous retrouvons ensuite autour d’un café avec celui qu’il appelle son « alter ego » : David Dumoulin, co-animateur de l’émission, sociologue et maître de conférences : « David m’a ouvert les yeux sur le monde des sciences humaines et sociales en général et sur la sociologie des sciences en particulier »

Mais il n’est pas le seul à lui avoir donné le goût de la médiation scientifique. « Richard-Emmanuel Eastes et Matteo Merzagora m’ont aussi beaucoup motivé. Ils ont fondé le groupe de réflexion et d’action TRACES, que j’ai rejoint récemment. Nous organisons des événements à destination de professionnels de la médiation scientifique mais pas seulement. Nous collaborons aussi avec des entreprises sur des problématiques sciences et société. TRACES organise par exemple des ateliers pour les salariés de Bayer sur des controverses socio-techniques impliquant leur entreprise. Un des objectifs de ces ateliers est de sensibiliser à la complexité de ces questions.»

Les activités de Jean-Marc sont variées, mais il ne s’arrête pas là. Il est aussi à l’origine des « 13 minutes » à l’Université Paris Diderot. « Je me suis amusé à tester ce format de conférences. Elles sont courtes, dynamiques et de thèmes variés, directement inspirées des conférences TED » J’y ai assisté quelques fois et le résultat est étonnant. Les exposés suscitent un grand intérêt grâce au dynamisme des présentations. « On se base surtout sur la qualité de nos orateurs »  me confie Jean-Marc. La rencontre et le mélange des domaines sont détonants. Ainsi des thèmes sans aucun lien se succèdent : design, génétique, littérature… « Notre seule vocation est de nous amuser avec ce format, et de susciter du plaisir par l’excitation intellectuelle

A l’interface de la science et de la société, Jean-Marc a un profil interdisciplinaire. A ce propos, quelle personne incarnerait le mieux pour toi l’interdisciplinarité ? lui demandai-je. « Je n’ai pas envie de l’incarner dans une personne mais plutôt dans un lieu. Les Fab Lab sont pour moi de beaux exemples. Ces endroits regroupent des machines-outils à commande numérique permettant de fabriquer divers objets à la demande. Le public qui s’ y retrouve est bigarré : artistes, informaticiens, designers, ou encore de simples bricoleurs inspirés. Seuls point commun : ils sont créatifs avec les technologies numériques et ils ont une fort désir de partager leur d’expertise. Les Fab lab sont ainsi des creusets où l’interdisciplinarité se fait au quotidien, sans qu’on la décrète. »

Ce type de structure pourrait être une grande source de créativité dans le futur. Nous sommes toujours dans les studios d’Aligre FM et Jean-Marc m’évoque aussi l’avenir de la radio. « Pour parler de science à la radio il faut renoncer à la vulgarisation traditionnelle, ne pas vouloir à tout prix transmettre des contenus. Au contraire il faut raconter des histoires… Le monde de la radio classique sait raconter des histoires mais a une méconnaissance des usages numériques de la radio (podcast). De l’autre côté, on a la grande diversité des webradios maîtrisant ces usages mais à qui il manque souvent un savoir-faire radiophonique. Il y a peut-être une place à l’interface des deux.»

L’entrevue terminée, je quitte le studio et retrouve la rue de Montreuil sous un grand soleil, satisfait d’avoir découvert un profil aussi atypique. Jean-Marc Galan exerce la médiation scientifique par divers moyens, aux interfaces de la science et de la société. Il s’est de lui-même éloigné de la science institutionnelle. Mais ses nouvelles activités dans un monde où la science est omniprésente, n’en ont pas moins une portée fondamentale pour l’avenir de la recherche.

 

Nos innovateurs ont chacun un endroit qu’ils affectionnent particulièrement, en lien avec leur histoire personnelle et professionnelle. Jean-Marc nous présente ici son lieu favori et nous explique les raisons de son choix:

Classé dans Portraits

Bookmark and Share

1 commentaire

  1. Jeremy Alonso : « Les rencontres et la ténacité forgent l’orientation d’un individu » | Prisme à Idées le 29 août 2012 à 10 h 35 min

    […] scientifique dans l’âme » me confie-t-il. Mais comme l’un de mes précédents interviewés [Jean-Marc Galan, NDLR], il se rend compte que science et recherche sont deux choses différentes. « J’ai […]

Ajoutez un commentaire

Laisser un commentaire en tant qu'invité :

 
© 2009-2017 Prisme à idées. Réalisation : Umaps Communication - Blog propulsé par Wordpress