Gayané Adourian : « J’aime raconter les processus et les gens qui se cachent derrière chaque projet. » | Prisme à Idées

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Gayané Adourian : « J’aime raconter les processus et les gens qui se cachent derrière chaque projet. »

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Nous vivons dans une société qui se transforme, en partie en raison des nouvelles technologies et outils numériques. La pratique du journalisme elle-même a évolué grâce aux smartphones ou aux réseaux sociaux comme Twitter . Cela nous apporte de nouvelles manières de reporter, de raconter un événement. Je marche par une fraîche après-midi d’hiver dans le 2ème arrondissement de Paris. Je remonte la rue Montmartre en direction de la Taverne du Croissant, un restaurant convivial de quartier, pour y rencontrer Gayané Adourian. Journaliste scientifique de formation, Gayané est notamment manager de Knowtex et fondatrice d’Ondine, une toute jeune agence de couverture numérique d’événements. Elle utilise désormais les outils du numérique pour nous raconter des événements autour du design, des communautés ou encore de l’innovation. Elle me parle aujourd’hui de son parcours et des nouvelles pratiques liées au numérique.

(CC) François Tancré-Eventpixr.net

« J’ai toujours hésité entre mon côté littéraire et mon côté scientifique » commence Gayané. C’est certainement ce qui l’a amenée vers le journalisme scientifique : son intérêt à la fois pour les sciences et pour la narration. Gayané a toujours été quelqu’un qui aime «raconter des histoires ». Elle débute ainsi son parcours par une Licence des Sciences de la Terre à l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC). « Au départ je voulais travailler dans l’hydrologie, mais je me suis vite aperçue que la recherche n’était pas faite pour moi. Je suis très curieuse, et j’ai toujours fait trop de choses en même temps. Il est difficile pour moi de m’intéresser à un seul sujet ! » me confie-t-elle. Après la licence, elle se dirige donc naturellement vers le Master de Journalisme Scientifique de l’Université Paris Diderot. « A ce moment-là, je voulais créer un magazine pour enfants sur des thématiques liées à l’environnement. À ma connaissance , il n’existait pas de telle revue et je trouvais intéressant qu’on puisse être sensibilisé dès l’enfance à ce type de sujet. »

C’est lors de son master que Gayané rencontre l’une des personnes qui l’aura probablement le plus influencée pour la suite de sa carrière : Nicolas Loubet, l’un des cofondateurs du réseau Knowtex. « Nicolas a rejoint notre promotion en master 2. Il venait de créer Knowtex, alors bibliothèque de ressources scientifiques qui a ensuite évolué pour devenir un véritable réseau social regroupant une communauté de scientifiques, designers, blogueurs… À l’époque, je ne connaissais presque rien du numérique, j’ai découvert ce monde parallèle avec mes collègues Marion Sabourdy et Audrey De Santis en commençant par enrichir la base de données des ressources de Knowtex. » Mais Gayané ne laisse pas le papier de côté pour autant en effectuant notamment des stages à Science et Vie et Energie Plus durant son cursus.

Après son master, de nouvelles rencontres vont l’orienter vers sa première véritable enquête journalistique qui sera publiée sur Prisme de Tête, média dédié aux « sciences vues par les sciences humaines et sociales ». « Nicolas a provoqué une réunion avec Marine Soichot – alors en thèse de sciences sociales et rédactrice en chef de Prisme de Tête -, Marion Sabourdy et moi-même. J’ai ainsi eu l’opportunité de travailler sur la controverse autour du changement climatique. » Gayané croise alors des acteurs importants de la controverse comme Hervé Le Treut , Vincent Courtillot et Valérie Masson-Delmotte, scientifiques français mais aussi quelques sociologues ou historiens des sciences. « J’ai toujours aimé rencontrer des gens qui avaient des choses à dire » affirme-t-elle.

(CC) François Tancré-Eventpixr.net

A l’automne 2010, le Knowtex blog est créé. Il traite notamment des innovations dans le monde de la médiation et du numérique. Nicolas Loubet propose à Marion et Gayané d’en devenir les responsables éditoriales. Outre le rôle de journaliste, elle y joue aussi un rôle d’animatrice de communauté. En parallèle, elle participe aussi à l’organisation d’événements comme les soirées du collectif le Grand Mix qui regroupe notamment Knowtex, Prisme de Tête, le C@fé des Sciences… En plus de soirées à thème pour le Grand Mix, Gayané participe à l’organisation des Apéros Science et Web puis des TEDx Paris Universités– conférences

courtes et dynamiques. Depuis deux ans, les apéros permettent à différents acteurs du numérique, de la science, du design et de l’innovation d’échanger une fois par mois autour d’un verre, et pour certains de créer des projets ensemble.

Lors de ce type d’événement mais pas seulement, Gayané met en relation des gens aux intérêts communs, et les amène parfois à collaborer. « Je me définis comme une « connecteuse », une « relationniste ». Je pense que les rencontres et l’échange peuvent être décisifs pour l’orientation d’une carrière. De ce point de vue, j’ai eu la chance via Knowtex de rencontrer des gens formidables » me confie-t-elle. Gayané a ainsi mis en relation François Taddéi, directeur du Centre de recherche interdisciplinaire (CRI), et Dominique Sciamma, directeur de l’école Strate college designers: « A partir de la fin 2010, j’ai commencé à réaliser de nombreux reportages et interviews pour Knowtex. J’avais prévu de rencontrer François Taddéi et Dominique Sciamma pour réaliser leurs portraits respectifs mais c’est alors que je me suis rendu compte qu’ils avaient beaucoup de choses à se dire. Plutôt que réaliser deux objets séparés, j’ai préféré les réunir fictivement dans un double portrait et provoquer leur rencontre. Aujourd’hui, ils travaillent ensemble ! » me raconte Gayané.

(CC) Ecsite executive office-Flickr

Au cours de ses années avec Knowtex, Gayané fait preuve d’un appétit grandissant pour le numérique, toujours à la recherche d’outils et de nouveaux usages. Elle apprend à en maîtriser les principaux mais en teste constamment de nouveaux : « J’utilise couramment Twitter, Facebook, Instagram ou encore Storify depuis deux ans ou plus comme instruments de travail. Storify permet de raconter des histoires à partir d’informations issues des médias sociaux. »

Partant d’une formation journalistique classique, Gayané s’est donc tournée vers le numérique pour raconter des événements en temps réel. Pendant près de deux ans, elle a expérimenté des outils, des processus et des méthodes pour « augmenter » les événements et les faire vivre au-delà de leur espace-temps. Cela passe entre autre par des « live-tweet » – qui consiste à retranscrire et enrichir en direct un événement avec Twitter – mais ce n’est pas la seule forme. « J’aime raconter les processus et les gens qui se cachent derrière chaque projet. Twitter, Storify et les autres outils que j’utilise laissent la possibilité d’en garder des traces mais aussi d’accélérer des rencontres et d’élaborer de nouveaux projets. Ils permettent également à des personnes situées à distance de profiter d’un événement. » Aujourd’hui elle en a fait son activité principale en créant avec Umaps, l’agence Ondine, dédiée à la couverture numérique d’événements.

(CC) Ophelia Noor

Quand je lui demande de me citer une personne incarnant l’interdisciplinarité, Gayané me parle à nouveau de François Taddéi, directeur du CRI et décidément très admiré par les innovateurs que j’ai pu croiser – dont Matthieu Cisel, NDLR. « Ce que j’aime particulièrement chez François Taddéi, c’est sa capacité à ouvrir des possibles, qui va dans le sens de sa réflexion sur l’innovation dans l’éducation. Le fait d’avoir imaginé le CRI comme un espace interdisciplinaire et ouvert fait graviter autour de lui un écosystème de gens « hors-cadre » qui est très riche . » me raconte Gayané.

Et à propos d’éducation, quel conseil donnerais-tu à de jeunes étudiants pour leur orientation ? : « C’est toujours plus facile d’avoir une idée de son parcours mais il ne faut pas hésiter à savoir changer d’orientation en fonction des rencontres que l’on peut faire. Il faut savoir rester à l’écoute et être attentif aux opportunités. »

« Journaliste », « animatrice de communauté », « responsable éditoriale », « entrepreneuse » sont quelques unes des nombreuses facettes de Gayané, qui se définit avant tout comme une « relationniste ». A la base journaliste scientifique, Gayané a su s’approprier les derniers outils du numérique afin de raconter des événements en temps réel, se démarquant ainsi des pratiques classiques du journalisme. Elle nous permet de suivre des événements, mais entraîne aussi de multiples rencontres. En connectant ainsi les talents, elle participe à la naissance de nombreux projets innovants.

Nos innovateurs ont chacun un endroit qu’ils affectionnent particulièrement, en lien avec leur histoire personnelle et professionnelle. Gayané nous présente ici son lieu favori et nous explique les raisons de son choix:

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