Francesca ou la sociologie « en temps réel » des réseaux pair-à-pair | Prisme à Idées

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Francesca ou la sociologie « en temps réel » des réseaux pair-à-pair

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Quand je lui ai demandé son parcours, Francesca Musiani s’est esclaffée. « Oh la la, c’est très sinueux ». Elle est actuellement en 3ème année de doctorat et planche sur une thèse à propos du « peer-to-peer » et des ses implications pour l’internet de demain.

Mais elle a commencé ses études supérieures en Italie – il était facile de le deviner d’après son prénom – par une licence en sciences de la communication, puis un master, à Padoue. À cette occasion, elle est partie aux Etats-Unis lors d’un échange avec l’université de Californie. Elle a pu travailler à l’ONU en tant que journaliste et a axé son mémoire de recherche sur le Forum sur la Gouvernance de l’Internet, inauguré en 2006.

L’expérience de l’étranger lui ayant beaucoup plu, elle a continué sur sa lancée à l’Université pour la Paix au Costa Rica, en travaillant sur des thématiques au croisement entre droit international et internet. Son objectif : explorer les pratiques de l’Internet sur un plan plus juridique que politique.

Aujourd’hui, Francesca fait sa thèse au Centre de Sociologie de l’Innovation de l’Ecole des Mines. Elle s’intéressait depuis quelques années aux Science and Technology Studies (STS) et, en dehors des Etats-Unis, c’était « en France ou en Europe du Nord qu’il y avait des programmes pertinents ».

C’est comme ça qu’elle entre en relation avec le CSI. Cette structure, issue d’une collaboration d’anciens ingénieurs de l’école des Mines, est notamment connue pour sa théorie de l’Acteur-réseau, qui prône que soit les humains, soit les non-humains (objets) et les discours sont acteurs (ou « actants ») à part entière dans le processus d’innovation.

En novembre 2008, alors qu’elle participe au projet VoxInternet, Francesca entre au CSI avec un sujet de thèse portant sur une série de projets et applications basés sur technologies de type pair-à-pair. Elle se demande notamment comment l’architecture d’une application, même si « invisible » aux usagers, en influence les pratiques, où sont les données, quels sont les échanges…

« Par exemple, si on prend le cas d’un réseau social comme Facebook, les données sont gérées par le service, c’est à dire que les échange passent par un serveur. Dans le cas du pair à pair, les données ne passent pas forcément par un serveur mais se répartissent sur un ensemble d’ordinateurs, appelés nœuds. »

D’ailleurs, Internet à ses débuts était basé sur une architecture décentralisée de type pair-à-pair, mais avec l’avènement des services web, s’est construite une relation plus basée sur le modèle client-serveur. Cette tendance est, d’ailleurs, susceptible d’être renversée maintenant que le haut et très haut débits sont arrivés, et les ordinateurs devenus beaucoup plus rapides. « Ce qui est aussi intéressant à comprendre, c’est comment des mesures juridiques qui cherchent à endommager un certain type de trafic pair-à-pair, et donc à éviter un usage de cette technologie, finissent par entraver la technologie elle-même. »

Du coup Francesca fait de la sociologie de l’innovation en temps réel. « Quand le terrain qu’on étudie change si vite, la méthodologie pour mener à bien la thèse devient moins évidente. Mais c’est aussi ce qui est intéressant! »

Quand on pense pair-à-pair, son association avec des problématiques telles que propriété privée et logiciel libre s’imposent très vite. Mais ce sont le respect et la confiance vers l’autre, nécessaires pour le partage et la distribution des ressources, qui contribuent à sa spécificité et en font une forme avancée de la culture du partage. « On voit aussi que ce partage dans la culture digitale passe dans d’autres usages : le vélib ou le covoiturage en sont des exemples. »


Pour la revue du Prisme elle a écrit un article sur les usages multiples du pair-à-pair, avec une introduction historique et des références à ses quelques cas qu’elle étudie dans sa thèse. « L’écho du peer-to-peer dans les médias, qui s’en tient exclusivement au partage de fichiers, n’en est qu’un traitement particulier. Skype est un autre de ses usages courants, mais cette technologie peut aussi trouver application dans le streaming, le cloud computing, etc… » Ce modèle de réseau informatique suit une logique distribuée plutôt que centralisée : une différence qui peut comporter des implications socio-économiques considérables.

Cependant, les nœuds et les liens qui composent son architecture sont sous-explorés par les chercheurs en sociologie des techniques, à la fois en ce qui concerne les processus d’innovation, leurs développements, les imaginaires qu’ils comportent et l’appropriation des dispositifs par les usagers. Il s’agit pourtant d’un enjeu majeur : « c‘est intéressant de s’interroger sur les influences réciproques entre l’architecture d’un système, le web par exemple, et les pratiques et les usages qui s’y développent. »

Pour la suite, Francesca rêve d’un post-doc à Harvard : son Centre pour l’Internet et la Société produit les réflexions le plus intéressantes en termes de culture numérique. Mais la route est encore longue !

>> Crédit Photos : Jean-Pierre Maraval et Gilles Couteau

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